Vincent Beaurin

L’atelier du 19e arrondissement est calme et lumineux. Vêtu d’une combinaison blanche qui le fait ressembler à un cosmonaute, Vincent Beaurin recouvre de peinture des demi sphères de polystyrène.

En face de lui, sa femme Sonia les recouvre de billes de verre grâce à une passoire à thé qu’elle utilise comme tamis. L’artiste réalise la plupart de ses pièces seul. « Né à l’école Boulle » où il a appris le métier de ciseleur, il revendique le contact « reptilien » avec la matière, « je ne peux pas lâcher une pièce si je ne l’ai pas touchée, c’est très archaïque ». Au mur sont accrochés quelques uns des spots de couleur recouverts d’une peau rugueuse sur lesquels travaille Vincent Beaurin depuis plusieurs années et des tableaux en nid d’abeille, fibre de verre et résine époxy, réalisés pour sa dernière exposition à la galerie Laurent Godin. On repère aussi des sculptures animales aux contours arrondis, comme le félin évoquant Bastet, la divinité égyptienne. Pour Vincent Beaurin, il n’existe pas de discontinuité entre les pièces abstraites et figuratives, il se pose les mêmes questions en les approfondissant depuis ses débuts : « qu’y a t-il derrière la surface des choses ? Une mise à l’épreuve du monde tel qu’on me le présente et tel que je le perçois ». Les notions de langage et d’accessibilité de l’œuvre sont fondamentales, c’est pourquoi l’artiste est devenu designer pendant une quinzaine d’années après avoir étudié et pratiqué la peinture: « j’ai fait du design pour dissiper mon trouble de l’époque, les gens regardaient mon travail comme si je débarquais de la lune même si mon langage était de plus en plus clair et sophistiqué ». Après avoir obtenu certaines réponses, Vincent Beaurin reprend son « équipement de plasticien » et se consacre pleinement à l’art. En 2010, l’invitation à intervenir dans l’atelier de Cézanne a ouvert le vaste chantier de la couleur. « La question est devenue cruciale » avoue l’artiste « chaque couleur est un spectre et chaque spectre est une plénitude ». Ses derniers tableaux, de forme oblongue et aux couleurs proches d’un coucher de soleil, empêchent l’œil de faire le point et produisent un état de grâce, de calme et d’empathie. Ils sont le fruit d’une réflexion sur le paysage et l’abstraction qu’on retrouve dans Al Hamrâ, le spectacle que Vincent Beaurin conçoit en dialogue avec le musicien Justin Godfrey pour New Settings : « Doit-on fusionner avec le spectacle pour l’apprécier ou prendre du recul ? ».

www.vincentbeaurin.com